Réglementation

CBD alimentaire et label bio : la CJUE a rendu son arrêt

La CJUE refuse la certification bio d’un CBD alimentaire non autorisé comme nouvel aliment. L’arrêt du 5 novembre concerne un litige français avec l’INAO.

Illustration éditoriale : CBD alimentaire et label bio : la CJUE a rendu son arrêt

La Cour de justice de l’Union européenne a bien rendu une nouvelle décision sur le CBD. Dans un arrêt du 5 novembre 2026, affaire C‑495/25, Syndicat professionnel du chanvre, elle juge qu’une substance qualifiée de « nouvel aliment », mais non autorisée à être mise sur le marché dans ce cadre, ne peut pas obtenir la certification biologique comme produit agricole transformé destiné à l’alimentation humaine. L’affaire vient de France et oppose le syndicat à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO).

L’information mérite une distinction immédiate : cet arrêt concerne le label bio et le CBD alimentaire. Il ne prononce ni une interdiction générale de tous les produits au CBD, ni une autorisation générale de commercialisation. Et il ne faut pas le confondre avec l’arrêt Kanavape, rendu en 2020 sur la libre circulation du CBD.

Cette fois, ce ne sont plus seulement des conclusions

Le 21 octobre, TribuneCBD avait présenté les conclusions de l’avocat général sur la certification bio du CBD. À cette date, il fallait distinguer cette proposition juridique d’une décision de la Cour. L’avocat général Athanasios Rantos s’était prononcé le 11 juin 2026 ; ses conclusions ne liaient pas les juges.

L’arrêt du 5 novembre change le stade de la procédure. La troisième chambre de la Cour a désormais donné son interprétation des textes européens. Le dispositif articule l’article 2, paragraphe 1, sous b), du règlement 2018/848 relatif à la production biologique avec l’article 6, paragraphe 2, du règlement 2015/2283 sur les nouveaux aliments.

Le résultat est précis : une substance relevant du régime des nouveaux aliments, sans l’autorisation de mise sur le marché exigée par ce régime, ne peut pas bénéficier de la certification biologique en tant que produit agricole transformé destiné à l’alimentation humaine. Le caractère biologique des méthodes de production ne permet donc pas de contourner l’étape de l’autorisation alimentaire.

Un contentieux français contre la position de l’INAO

À l’origine, le Syndicat professionnel du chanvre contestait une position de l’INAO concernant la certification des produits du chanvre. Le Conseil d’État a transmis des questions à la CJUE par sa décision du 18 juillet 2025, dans l’affaire française n° 463374.

Il est important de ne pas remettre tous les produits dans le même panier. Le dossier distingue les fleurs et feuilles de chanvre du CBD destiné à être ingéré et des denrées qui en contiennent. L’arrêt rappelle que l’INAO avait fait évoluer sa position concernant la certification des fleurs et feuilles en février 2023. Cette partie du litige ne se confond pas avec la question du CBD alimentaire soumise à la Cour.

Le mécanisme du renvoi préjudiciel explique aussi ce que la décision européenne fait réellement. La CJUE interprète le droit de l’Union ; c’est ensuite à la juridiction nationale de reprendre le litige en appliquant cette interprétation. Il ne faut pas présenter l’arrêt européen comme si le Conseil d’État avait déjà rendu sa décision finale dans le dossier français.

Pourquoi « bio » et « autorisé comme aliment » sont deux vérifications

Une certification biologique porte sur le respect d’un ensemble de règles de production et de contrôle. Elle ne répond pas à toutes les questions que pose un produit : peut-il être vendu comme aliment ? Sous quelle composition et dans quelles conditions ? Peut-il revendiquer un effet sur la santé ? Ces points relèvent de cadres distincts.

Le règlement sur les nouveaux aliments impose une autorisation préalable aux produits qui entrent dans son champ. Dans cette affaire, le raisonnement porte sur une substance qualifiée de nouvel aliment non autorisé. La Cour refuse que la certification bio lui soit accordée comme produit alimentaire transformé malgré cette absence d’autorisation.

Pour un lecteur français, la conséquence est simple à comprendre sans tirer de conclusion excessive : l’argument « issu de l’agriculture biologique » ne suffit pas à établir qu’un ingrédient au CBD est autorisé dans l’alimentation. À l’inverse, cet arrêt ne signifie pas que toute graine de chanvre, toute huile de chènevis et tout produit de la plante seraient soudainement interdits. Notre dossier sur les graines et l’huile de chanvre dans l’alimentation explique pourquoi ces catégories ne se confondent pas avec les extraits enrichis en cannabinoïdes.

Ce que l’arrêt ne décide pas

L’affaire C‑495/25 n’est pas une décision sur tous les usages du CBD. Elle ne tranche pas, à elle seule, la conformité d’un cosmétique, d’un liquide de vapotage, d’un médicament ou de chaque catégorie de fleurs de chanvre. Elle ne fixe pas non plus une nouvelle limite générale de THC et n’établit aucun bénéfice thérapeutique.

Elle ne délivre pas davantage une autorisation Novel Food : son objet est précisément de déterminer ce qui se passe pour la certification bio lorsque cette autorisation fait défaut. Une évaluation scientifique, une demande déposée et une autorisation effectivement accordée restent des étapes différentes.

La même prudence vaut pour les noms de molécules. Un arrêt concernant le cannabidiol ne transforme pas en CBD toutes les substances vendues sous une appellation voisine. Les H4-CBD et H2-CBD classés en France relèvent d’une autre question : celle de leur identité et de leur statut au regard du droit des stupéfiants.

Ne pas confondre ce dossier avec Kanavape ou les renvois en cours

L’arrêt Kanavape, affaire C‑663/18 du 19 novembre 2020, est un précédent important sur les restrictions nationales à la commercialisation de CBD légalement produit dans un autre État membre, au regard de la libre circulation et de la protection de la santé. Ce n’est pas une nouvelle décision de novembre 2026 et ce n’est pas l’objet du présent arrêt sur le label bio.

De même, une question adressée à la CJUE par une juridiction nationale n’est pas encore une réponse de la Cour. D’autres procédures concernant le chanvre peuvent donc être pendantes sans que leur existence autorise à annoncer une nouvelle légalisation ou une interdiction générale. Le numéro d’affaire, la date et la nature du document sont indispensables pour lire correctement une actualité judiciaire.

Au 7 novembre 2026, la nouveauté établie est donc cet arrêt du 5 novembre sur la certification biologique du CBD alimentaire non autorisé comme nouvel aliment. Il apporte une réponse à une question française concrète, sans effacer les différences de règles entre les usages et les produits.

Analyse d’information générale vérifiée au 7 novembre 2026, et non conseil juridique individuel. Illustration éditoriale générée, sans représentation d’un produit certifié ni d’une audience réelle.

Sources

Note éditoriale

Contenu informatif publié le 7 novembre 2026. Il ne remplace ni un avis médical ni un conseil juridique. Les règles peuvent évoluer : vérifiez les textes en vigueur.