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À Zurich, le pilote de cannabis est prolongé : ce que disent les premiers chiffres

L’étude Züri Can est prolongée jusqu’en octobre 2028. Ses données intermédiaires documentent un accès régulé, sans encore prouver à elles seules un effet causal sur les usages.

Illustration éditoriale : À Zurich, le pilote de cannabis est prolongé : ce que disent les premiers chiffres

À Zurich, l’expérimentation « Züri Can – Cannabis avec responsabilité » ne s’achèvera pas à l’automne 2026 comme prévu initialement. Le conseil municipal a financé une prolongation de deux ans, ensuite approuvée par la commission d’éthique cantonale et l’Office fédéral de la santé publique (BAG). Selon la page de suivi de l’Université de Zurich mise à jour le 7 septembre 2026, l’étude doit désormais se poursuivre jusqu’en octobre 2028.

Le projet suisse ne constitue pas une légalisation générale du cannabis. Il réserve l’accès à des adultes inscrits dans une étude scientifique et organise la vente dans des points autorisés. Ses premiers chiffres sont utiles pour comprendre le fonctionnement d’un marché limité et accompagné, mais ils ne suffisent pas encore à conclure qu’un modèle régulé réduit mécaniquement les risques ou le marché clandestin.

Un dispositif conçu comme une étude

Les premières personnes ont commencé leur parcours d’inscription en mars 2023 et les ventes de cannabis d’étude ont débuté en août de la même année. Le protocole compare trois types de points de distribution et d’accompagnement : des pharmacies, le centre d’information sur les drogues de la ville de Zurich (DIZ) et des clubs sociaux à but non lucratif.

Au 7 septembre 2026, 21 points de vente étaient ouverts aux participants : dix pharmacies, le DIZ et neuf clubs sociaux actifs. Les membres achètent des fleurs ou de la résine contenant du THC, dans les limites du protocole. Le personnel reçoit une formation axée sur l’information, la prévention et la réduction des risques. Dans les clubs, la consommation sur place et les activités sociales peuvent également créer un contact régulier avec les participants.

Ce cadre contrôlé distingue le projet d’une ouverture commerciale destinée à toute personne majeure. Les prix et l’offre sont fixés par l’étude, les produits sont achetés directement auprès de producteurs et les participants restent suivis selon les règles de la recherche. L’expérience ne permet donc pas d’extrapoler directement ses résultats à un marché national sans inscription ni accompagnement.

2 462 participants et un profil de consommateurs réguliers

La page de suivi de l’Université de Zurich recense 2 462 personnes autorisées à acheter le cannabis d’étude. Le groupe n’est pas un échantillon aléatoire de la population suisse. Les hommes y sont nettement majoritaires et les personnes âgées de 28 à 32 ans forment la tranche d’âge la plus représentée ; l’âge moyen est d’environ 35 ans.

Le profil de consommation préalable est tout aussi important. La plus grande partie des participants déclarait consommer du cannabis au moins quatre fois par semaine au cours des six mois précédant l’accès à l’étude. Des consommateurs moins fréquents sont aussi présents, ce qui doit permettre de comparer différents parcours, mais les résultats ne décrivent pas les personnes qui ne consomment pas de cannabis.

Environ un quart des participants présentait, avant l’accès au cannabis d’étude, un score de dépistage compatible avec une possible difficulté liée à l’usage du cannabis selon le CUDIT. Ce questionnaire est un outil de repérage et non un diagnostic individuel. Ce chiffre souligne surtout l’importance d’un accompagnement adapté : une vente régulée ne supprime pas les risques liés à un usage fréquent ou problématique.

Plus de 130 000 ventes, un indicateur à interpréter

Les données publiées indiquent environ 130 250 ventes, correspondant à près de 1 107 kilogrammes de produits conditionnés en paquets de cinq grammes, soit environ 221 440 paquets. Tous les produits proposés ont été demandés par les participants. L’offre comprend des fleurs et des produits de haschisch à différents ratios de THC et de CBD, même si la disponibilité varie selon la production.

Ces chiffres documentent une activité réelle et une capacité logistique importante pour une étude locale. Ils ne mesurent pas à eux seuls une diminution des achats sur le marché clandestin. Pour démontrer un déplacement de l’approvisionnement, il faudrait comparer les déclarations des participants, les volumes consommés, les achats avant et pendant le projet, ainsi que les évolutions dans des groupes comparables qui n’ont pas accès à l’étude.

De même, la présence de produits affichant différents taux de THC et de CBD ne constitue pas une preuve que la composition suffit à rendre la consommation sûre. Le cannabis reste une substance psychoactive. La puissance, la fréquence, la voie d’administration, l’âge, la santé mentale, les médicaments et la conduite sont des facteurs distincts.

Ce que la prolongation doit permettre de mesurer

La prolongation jusqu’en octobre 2028 donne du temps pour observer les trajectoires au-delà de la phase de lancement. Les chercheurs pourront étudier les changements de fréquence, les signes d’usage problématique, le choix des points de vente, l’accès aux conseils et les éventuels effets indésirables. La comparaison entre pharmacies, DIZ et clubs sociaux doit également aider à déterminer si un modèle de distribution produit des résultats différents d’un autre.

Le protocole publié dans l’International Journal of Drug Policy présente l’étude comme une recherche sur la possibilité de promouvoir un usage à moindre risque grâce à une vente régulée. Cette formulation est prudente : elle décrit une question de recherche, pas une conclusion déjà acquise. Les données intermédiaires affichées par l’Université de Zurich sont utiles à la transparence, mais elles ne remplacent pas l’analyse finale évaluée par les pairs.

L’autorisation du projet rappelle aussi le rôle des institutions. Le BAG et la commission d’éthique ne valident pas une légalisation générale ; ils autorisent un projet borné, avec des conditions de participants, de produits, de lieux et de suivi. La Suisse conserve par ailleurs un cadre national distinct de celui de la France et des autres pays européens.

Un laboratoire pour le débat suisse, pas un modèle automatique

Les résultats de Züri Can peuvent nourrir la réflexion sur la qualité contrôlée, les conseils en point de vente, la traçabilité et les liens avec la prévention. Ils montrent également qu’une régulation ne se résume pas à ouvrir des magasins : elle suppose des règles d’accès, des produits documentés, du personnel formé et un dispositif de collecte de données.

Mais plusieurs limites doivent rester visibles. Les participants se sont inscrits volontairement, consommaient déjà pour la plupart, et savent qu’ils prennent part à une étude. Les données de Zurich ne disent pas directement ce qui se passerait chez les adolescents, les non-consommateurs, les personnes très vulnérables ou dans une zone où l’offre serait ouverte à tous. Elles ne permettent pas non plus de conclure à l’innocuité du cannabis ou à l’efficacité thérapeutique du CBD.

Pour le débat français, la comparaison doit donc porter sur les mécanismes — contrôle de la qualité, accès réservé, prévention, suivi — plutôt que sur un slogan de « légalisation suisse ». Les règles de circulation transfrontalière, de conduite et de cannabis médical demeurent différentes.

Prudence santé et droit — situation au 18 septembre 2026. Züri Can est une étude suisse réservée à des participants autorisés. Ses produits et ses conditions ne sont pas transposables à un achat ordinaire en France. Le cannabis peut entraîner des risques pour la santé et la conduite ; aucun résultat intermédiaire ne justifie une consommation ni un conseil médical personnalisé.

Sources

Note éditoriale

Contenu informatif publié le 18 septembre 2026. Il ne remplace ni un avis médical ni un conseil juridique. Les règles peuvent évoluer : vérifiez les textes en vigueur.