Culture & Société

Cannabis en France : un marché illicite estimé à 2,7 milliards d’euros

Une estimation de l’OFDT évalue à 2,7 milliards d’euros le marché illicite du cannabis en 2023. Le chiffre mesure des dépenses, pas les profits des trafiquants.

Illustration éditoriale : Cannabis en France : un marché illicite estimé à 2,7 milliards d’euros

Le cannabis reste la drogue illicite la plus consommée en France, mais il n’est plus, en valeur, le premier marché de stupéfiants. Une étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), publiée en décembre 2025 et couvrant la période 2010-2023, estime à 2,7 milliards d’euros le chiffre d’affaires moyen du marché illicite du cannabis en 2023. La cocaïne arrive devant, à 3,1 milliards d’euros, tandis que l’ensemble des marchés illicites étudiés atteint 6,8 milliards.

Ces montants donnent un ordre de grandeur utile aux débats sur les trafics et les politiques publiques. Ils ne sont toutefois ni un décompte des transactions, ni une mesure directe des profits, ni une estimation du marché légal du chanvre ou du CBD. L’OFDT insiste sur les hypothèses nécessaires à ces calculs.

Le cannabis pèse lourd en volume, la cocaïne en valeur

La note de l’OFDT estime que 397 tonnes de cannabis ont été consommées en 2023 en France métropolitaine, contre 47 tonnes de cocaïne. Malgré cet écart de volumes, le marché de la cocaïne affiche une valeur moyenne supérieure : 3,1 milliards d’euros contre 2,7 milliards pour le cannabis. Les deux substances représenteraient ensemble près de 90 % du chiffre d’affaires illicite évalué.

La différence s’explique en partie par les prix et les caractéristiques des produits. La note indique que le marché du cannabis a connu une hausse en valeur accompagnée d’une progression de volume très limitée depuis 2017, estimée à 2,3 %. L’OFDT relie l’augmentation de valeur aux prix. Il serait donc trompeur de lire la hausse monétaire comme une augmentation proportionnelle de la quantité consommée ou du nombre de consommateurs.

Ce résultat nuance aussi l’idée que le cannabis domine nécessairement tous les indicateurs de marché. Il reste premier en volume parmi les substances analysées, mais l’essor des psychostimulants, surtout de la cocaïne, modifie la répartition des recettes estimées. Les chiffres ne classent pas les substances selon la gravité des dommages sanitaires et sociaux ; ils décrivent un marché économique illicite selon une méthode spécifique.

Comment l’OFDT produit cette estimation

Plutôt que de compter directement des transactions clandestines, les chercheurs reconstruisent les dépenses à partir des consommations déclarées et des prix. L’étude mobilise notamment les enquêtes de l’OFDT auprès des adultes (EROPP) et des adolescents (ESCAPAD), puis estime les quantités consommées et le chiffre d’affaires associé. Elle compare les évolutions entre 2010, 2017 et 2023.

Cette méthode dite « ascendante » permet de rendre visibles des activités qui échappent aux statistiques classiques. Elle n’élimine pas les incertitudes : les répondants peuvent sous-déclarer ou mal estimer leur consommation, les prix peuvent varier selon la qualité et les circuits, et les fréquences d’usage doivent être converties en quantités. L’OFDT signale explicitement que les résultats reposent sur des hypothèses fortes relatives aux fréquences, aux volumes consommés et à certains facteurs de correction. Le montant est donc une estimation moyenne, pas une comptabilité exhaustive.

La fourchette pour l’ensemble du marché illicite en 2023 va de 3,8 à 9,7 milliards d’euros autour d’une moyenne de 6,8 milliards. Cette amplitude montre combien l’incertitude est importante. Le chiffre de 2,7 milliards pour le cannabis doit, lui aussi, être compris comme un point d’estimation et non comme une somme connue à l’euro près. Les comparaisons entre années sont utiles pour suivre des tendances, mais la précision apparente des milliards ne doit pas masquer cette marge d’erreur.

Ce que le chiffre ne mesure pas

Le « chiffre d’affaires » correspond à la valeur des dépenses estimées des consommateurs dans le marché illicite. Il ne mesure pas les bénéfices nets des réseaux, qui dépendraient de coûts, de pertes, de saisies, de rémunérations et de répartitions au sein des filières. Il n’indique pas davantage la quantité effectivement saisie par les forces de l’ordre, ni le nombre de personnes impliquées dans la vente.

Il faut aussi distinguer le périmètre géographique : la publication porte sur la France métropolitaine et exclut les territoires ultramarins. Son horizon de données s’arrête en 2023, même si la note a été publiée en 2025. Elle n’est donc pas un baromètre en temps réel des prix ou des usages en 2026. Le chiffre de marché ne permet pas non plus de mesurer le marché français des fleurs de CBD, des huiles ou des autres produits légaux à base de chanvre. Ces catégories obéissent à d’autres règles et ne sont pas additionnées dans l’estimation du marché illicite des stupéfiants.

Un outil pour débattre, pas une réponse politique à lui seul

L’OFDT et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives présentent ces données comme un outil pour éclairer l’action publique. Une estimation du marché peut aider à comparer les dynamiques de l’offre, à cibler de nouvelles enquêtes ou à évaluer l’ampleur économique des trafics. Elle ne tranche pas, seule, la question de la meilleure politique : répression, prévention, réduction des risques, prise en charge des usages problématiques et évolution éventuelle du droit répondent à des objectifs différents.

Les statistiques de consommation de l’OFDT apportent un contexte complémentaire : son édition « Drogues et addictions, chiffres clés 2025 » estime à environ 900 000 le nombre d’usagers quotidiens de cannabis en France. Ce repère concerne les usages, pas le marché financier, et ne se convertit pas directement en valeur de ventes. Les deux données doivent rester distinctes pour comprendre l’ampleur du phénomène sans confondre santé publique, économie clandestine et produits légaux au CBD.

Note de prudence — Les chiffres cités concernent un marché illicite estimé et ne constituent ni une incitation à consommer ni un avis juridique. Le cannabis récréatif, les médicaments à base de cannabis et les produits commerciaux au CBD sont des catégories différentes.

Sources

Note éditoriale

Contenu informatif publié le 18 octobre 2026. Il ne remplace ni un avis médical ni un conseil juridique. Les règles peuvent évoluer : vérifiez les textes en vigueur.