Qui consomme du CBD en France ? Ce que mesure vraiment l’enquête de 2022
L’enquête de Santé publique France décrit les usages du CBD en 2022 : profils, modes de consommation et limites d’un chiffre souvent sorti de son contexte.

« Un adulte sur dix consomme du CBD » : la formule circule facilement, mais laisse de côté une information déterminante. Dans l’enquête de Santé publique France publiée le 26 octobre 2023, ce chiffre décrit une consommation déclarée au moins une fois dans les douze derniers mois, lors d’entretiens réalisés en 2022. Il ne mesure ni un usage quotidien ni la situation française de 2026.
Revenir sur cette enquête le 24 octobre 2026 permet de comprendre un socle de connaissances sur les usages du cannabidiol, sans transformer une donnée ancienne en actualité statistique. Le dossier éclaire les différences d’âge, les modes de consommation et les limites d’une photographie qui ne constitue pas, à elle seule, une courbe de marché.
Une enquête téléphonique auprès de 3 229 adultes
L’étude a été menée du 2 mars au 9 juillet 2022 auprès de 3 229 personnes âgées de 18 à 75 ans, résidant en France métropolitaine et parlant français. Les numéros de téléphone fixes et mobiles ont été générés aléatoirement. Les résultats ont été pondérés et redressés pour améliorer leur représentativité selon plusieurs caractéristiques démographiques et sociales.
Cette méthode distingue le travail d’un questionnaire ouvert à tous sur le site d’une marque. Elle n’élimine pas toutes les limites : la participation atteint 52 %, les réponses sont déclaratives et certains sous-groupes de consommateurs sont bien plus petits que l’échantillon total. La mémoire des personnes et leur compréhension du mot « CBD » peuvent aussi influencer les réponses.
Le champ géographique et l’âge comptent. Ces résultats ne décrivent pas directement les mineurs, les personnes de plus de 75 ans ou les territoires ultramarins. Parler de « tous les Français » serait donc moins précis que de rappeler la population effectivement étudiée.
Expérimentation, usage annuel et régularité ne sont pas synonymes
Selon l’enquête, 16,4 % des 18-75 ans avaient consommé du CBD au moins une fois dans leur vie et 10,0 % en avaient consommé au cours des douze derniers mois. Le premier indicateur est appelé expérimentation ; le second mesure un usage dans l’année. Aucun des deux ne définit automatiquement une clientèle régulière.
La distinction est particulièrement importante pour un produit alors récemment diffusé. Parmi les consommateurs dans l’année, 69 % déclaraient une première consommation au cours de ces mêmes douze mois. Santé publique France souligne ainsi qu’une partie pouvait n’être qu’expérimentatrice. À l’inverse, 39 % des personnes ayant déjà essayé n’en avaient pas consommé dans l’année.
On ne peut donc pas déduire de ces chiffres un taux de fidélisation commerciale, un nombre d’acheteurs mensuels ou des dépenses moyennes. Une personne peut avoir essayé une fois sans acheter elle-même le produit ; une autre peut consommer régulièrement. L’indicateur annuel les réunit sans mesurer leur contribution économique respective.
Les jeunes adultes davantage concernés, mais pas seuls
Les niveaux les plus élevés apparaissent chez les 18-34 ans : 27,6 % avaient expérimenté le CBD et 17,5 % en avaient consommé dans l’année. Les proportions diminuent ensuite avec l’âge. Chez les 65-75 ans, elles s’établissent respectivement à 5,8 % et 4,0 %.
La lecture par sexe apporte une autre nuance. Les hommes déclarent davantage avoir essayé le CBD au cours de leur vie : 18,5 %, contre 14,5 % des femmes. En revanche, les niveaux d’usage dans l’année sont très proches, autour de 10 % dans les deux groupes. Une différence d’expérimentation n’implique donc pas la même différence sur tous les indicateurs.
Ces profils décrivent des associations statistiques. Ils n’expliquent pas, à eux seuls, pourquoi une personne utilise du CBD. Un écart entre générations peut recouvrir des habitudes, des occasions d’essai ou des perceptions différentes ; il ne démontre pas une motivation individuelle précise.
Les modes de consommation changent la lecture du phénomène
Lors de leur dernière consommation, 56 % des consommateurs concernés indiquaient avoir fumé le CBD, 34 % l’avoir avalé, 8 % l’avoir vapoté et 2 % avoir utilisé une autre forme. Le graphique des modes d’usage repose sur 291 personnes, et non sur les 3 229 participants de l’enquête.
Le contraste d’âge est marqué : la consommation fumée domine chez les plus jeunes, tandis que la voie orale est majoritaire parmi les plus âgés. La catégorie « avalé » regroupe toutefois des produits différents, comme huiles, boissons ou bonbons. Elle ne renseigne pas sur leur composition exacte ni sur leur statut réglementaire actuel.
Ces données invitent à adapter l’information plutôt qu’à inventer un consommateur moyen. Les questions posées par la combustion ne sont pas identiques à celles d’un produit ingéré ou associé à un médicament. Mais l’enquête ne permet pas de qualifier un mode comme sûr, ni d’évaluer l'efficacité d’un produit pour le sommeil, la douleur ou le stress.
Ce que l’étude ne démontre pas sur le cannabis ou la santé
La publication indique explicitement qu’elle ne permet pas de décrire les liens de consommation entre CBD et cannabis riche en THC : elle n’établit pas la proportion d’usagers passant de l’un à l’autre, ni un effet de substitution. Affirmer que le CBD aurait fait baisser la consommation de cannabis à partir de ces résultats serait donc injustifié.
Une étude distincte, menée en ligne en décembre 2021 auprès de 1 969 adultes et publiée dans BMC Public Health en 2022, avait également trouvé une proportion d’utilisateurs proche de 10 % et plusieurs profils. Elle observait des associations avec l’âge, le tabac ou le cannabis, notamment. Ces convergences sont intéressantes, mais les méthodes et indicateurs ne sont pas interchangeables : comparer deux pourcentages proches ne prouve ni stabilité ni progression.
Enfin, un motif de consommation rapporté par une personne ne constitue pas une preuve thérapeutique. Une enquête d’usage répond à la question « qui déclare consommer ? », pas à la question « quel produit soigne quelle maladie ? ».
Une base pour mieux mesurer la suite, pas une estimation de 2026
Les auteurs relèvent une difficulté révélatrice : certains répondants situaient leur première consommation avant la diffusion large des produits au CBD. Un accès antérieur reste possible, mais une confusion entre CBD et cannabis contenant du THC l’est aussi. Le vocabulaire des enquêtes doit donc continuer à être précisé.
Pour suivre le phénomène, des mesures répétées avec des définitions comparables seraient nécessaires : fréquence, produits utilisés, motivations, consommations associées et perception des risques. Sans cette continuité, la visibilité des boutiques ou les ventes d’une entreprise ne remplacent pas une enquête de population.
Le résultat de 2022 garde ainsi une valeur : il montre une diffusion du CBD au-delà d’un cercle confidentiel, avec des pratiques très diverses. Sa bonne utilisation consiste à conserver sa date, son périmètre et sa définition, plutôt qu’à lui faire raconter le marché français d’aujourd’hui.
Prudence santé. Ces statistiques ne constituent pas une recommandation de consommation. Le CBD peut provoquer des effets indésirables et interagir avec des médicaments ; l’ANSM recommande d’en parler au médecin ou au pharmacien.
Sources
- Santé publique France — Niveaux de consommation du CBD et du protoxyde d’azote en population adulte en France métropolitaine en 2022, publication du 26 octobre 2023.
- Santé publique France — Rapport complet et questionnaire, 26 octobre 2023, PDF.
- Casanova et collaborateurs — Cannabidiol use and perceptions in France: a national survey, BMC Public Health, 29 août 2022, résumé indexé dans PubMed.
- ANSM — Mélanger CBD et médicaments, ce n’est jamais anodin, 11 mars 2025.
Contenu informatif publié le 24 octobre 2026. Il ne remplace ni un avis médical ni un conseil juridique. Les règles peuvent évoluer : vérifiez les textes en vigueur.


